Onze ans sous la pluie

Emilie s’était garée devant le cimetière, à quelques pas de la tombe d’Alexandre. Pourtant il lui était impossible de revenir là, là où ses derniers adieux avaient été prononcés. Elle restait là, assises dans sa voiture, fixant la grille noire du cimetière.

Avait-il déjà rencontré un ange ? Ou était-elle l’amour de sa vie, même dans l’au- delà ?

Comment pouvait-elle vivre sans lui, sans sa raison de vivre, sans le père de son fils, son tout, son univers entier ?

La pluie commençait à tomber, d’abord en bruine puis en vagues, recouvrant la brise et floutant l’horizon, laissant Emilie seule avec ses souvenirs.

Elle ferma les yeux pour replonger dans ses souvenirs les plus tendre. Elle se souvint de leur premier rendez-vous officiel, pas dans le cadre habituel, mais dans un bois éloigné de tout, un bois ou même le réseau n’avait pas sa place. Un endroit silencieux où leurs cœurs pouvaient parler ensemble. Ils avaient marché pendant des heures, se perdant dans les dédales des arbres, parlant de tout et de rien, de lui, d’elle, de leur avenir. C’était un monde à eux, un univers ou rien n’avait de limites.

Après 3 heures à tourner en rond, ils montèrent dans la voiture d’Alexandre et avaient continué leur conversation jusqu’à ce que l’heure devienne floue. Le jour avait laissé place à la nuit et la lune les surveillait silencieusement.

Emilie se souvient à nouveau de ce baiser, de la douceur de ses lèvres et de sa manière d’embrasser son front. Mais quand ouvrit les yeux, elle était toujours assise derrière le volant, la pluie battant contre les vitres, de plus en plus fort. Elle frappa le tableau de bord, pas par haine, juste à cause d’une tristesse qui voulaient sortir, qui devait s’extériorisé. Une photo tomba sur ses genoux. Lui, elle, tous les deux, heureux en tenu de mariés. Le plus beau jour de leurs vies, avec la naissance de leur fils. Emilie ferma les yeux et se concentra pour revire chaque détail du mariage, de l’incroyable demande en mariage d’Alexandre sous la nuit étoilé et le bruit des vagues. Du magnifique coquillage qu’ils avaient trouvé ces jours-là, de ce magnifique coquillage toujours posé à côté de leurs photo encadré dans le salon.

Il lui avait murmuré à l’oreille que c’était le coquillage de l’amour, il est unique comme nous.

« Pour toute l’éternité »

Un éclair aveugla Emilie, la faisant sortit de ses souvenirs, elle devait lâcher prise ! Comment allait-elle faire si la tristesse continuait de la ronger ? Elle devait le faire pour leur fils, Maxime. Elle se laissa, à contre-cœur par cette sensation, cette douleur qu’elle avait tant essayer de retenir le plus loin possible. Ses larmes coulèrent, petit à petit, puis en torrent. Ç a faisait si mal.

Puis son téléphone s’alluma avec une notification apparue sur l’écran, quand elle le prit dans les mains, elle se figea en voyant la photo de son fils. Il avait besoin de sa mère pour se reconstruire. Le deuil était tellement difficile pour un adulte, elle n’osait pas imaginer ce que son fils pouvait ressentit, il avait perdu son papa.

Elle se rappela la naissance de leurs fils, du bonheur qu’ils avaient ressentit quand ils avaient agrandi leur famille. Mias aussi de la peur au mot « césarienne d’urgence » a ses pleures incontrôlable et au soutien sans faille d’Alexandre, il n’avait pas laissé la panique le submerger. Puis au bonheur, à la bulle d’amour qui les avaient isolés quand ils posèrent Maxime leurs fils dans ses bras, sa peau toute neuve contre la sienne.

Leur petit Maxime ressemblait à son père, presque comme un mini clone. Et chaque jour qui passaient leurs fils grandissait et les traits de sont père s’intensifiait un peu chaque jour sur son visage.

 L’orage commençait à donner sur le village voisin, Emilie sortie de ses pensées, le bonheur qu’elle avait ressentit pendant ce court moment laissa place de nouveau à la douleur qui s’intensifia encore et encore. Elle regarda le cimetière, elle voulait descendre pour parler à mari, lui raconter les nouveaux potins, lui dire comme leur fils devenait de plus en plus incroyable, pourvoir critiquer ses collègues en sirotant leurs bières. Blaguant sur tout et en se cherchant comme de grands enfants. Mais quelques choses la bloquaient, comme un mur invisible qui l’empêchait de franchir cette grille si froide. Puis soudain, un jeune homme frappa à la porte, portant son manteau sur sa tête, mais trempé malgré tout. Un vague de soulagement traversa son visage et un grand sourire illumina ses yeux. Emilie sécha ses larmes et lui rendit un petit sourire.

  • Je te cherche partout depuis tout à l’heure maman !

Maxime entra dans la voiture prête d’elle.

  • Tu as réussi à aller le voir ?

Sa mère ne répondit pas, mes ses yeux remplie de larme répondit à sa question. Il prit les mains de sa mère dans les siennes. L’orage tonna de plus en plus fort, se rapprochant dangereusement. Le visage d’Emilie était fatiguée, neutre.

  • Je ne voulais pas te l’annoncer comme ça maman.

Les trait du visage d’Emilie tends, comme pour encaisser la mauvaise nouvelle que son fils allait lui annoncer. Son cœur se mit à cogner très fort dans sa poitrine.

  • Tu vas être grand-mère ! On attend un bébé avec Sabrina !

Les mots la frappèrent comme le tonnerre qui frappait maintenant sous leurs têtes. Emilie regarda Maxime encore abasourdit.

  • Je vais être mamie ? répéta-t-elle encore confuse.
  • Oui maman, notre famille va s’agrandir.
  • Il faut le dire à ton père !
  • Maman, papa est mort depuis 11 ans maintenant.
  • Accompagne-moi s’il te plait.

Maxime se précipita dehors, sa mère allait enfin passer ce mur invisible. Quand Emilie sortie du véhicule, le tonnerre se tue, la pluie s’arrêta et le vent devient une brise d’encouragement.  Le fils attrapa la main de sa mère et la serra, pour lui montrer qu’il était présent, que jamais il ne la lâcherait.

Devant la tombe de son père Maxime annonça la nouvelle les voix remplie de bonheur. Emilie s’agenouilla difficilement et tout en murmurant :

  • Je vais te rejoindre mon amour, mais pas maintenant. Mais je ne t’oublie pas Alexandre, je ne t’oublierai jamais. Mais je t’en prie, attends-moi.

Pour la première fois depuis longtemps, Maxime vit le visage de sa mère une petite lueur d’espoir.

 

Les années passèrent paisiblement, les petits-enfants grandissaient et leur parent vieillissait. Emilie se rapprochait de la paix, d’Alexandre.

Son cœur s’était apaisé fasse aux sourires, aux rires d’abords de Jules puis de Louise. Elle avait appris à vivre, à se reconstruire et à voir l’amour au-delà de la douleur et à transmettre amour, courage et valeur à ses petits-enfants. Son passé n’était plus un frein mais des souvenirs à raconter.

Elle savait que son Amour l’attendait et qu’ils se retrouveraient pour l’éternité.

Ceux qui dorment sous l'eau

On dit que certaines choses dorment profondément, qu’elles attendent simplement qu’on les réveille.

C’était surtout une voix qui l’intriguait. Elle ne la reconnaissait pas. Était-elle dans sa tête ? Dans son imagination ? Non. Elle cherchait de l’aide. Elle pleurait chaque nuit dans les murs de la vieille bâtisse. Elle murmurait des sanglots entre chaque grincement du bois fatigué. Emma essayait de l’ignorer. Mais en vain. Parfois, elle n’entendait qu’elle. Mais d’où venait-elle ? qui était-elle ?

Elle se leva difficilement du lit, elle enfila une vieille chemise à carreaux et un jeans, puis descendit. Dans la cuisine, une vieille femme se tenait là, mais ce n’était pas mamie. Elle aurait préféré que ce soit sa mamie, sa mamie adorée, chez qui elle passait l’entièreté de ses étés d’enfance à barboter dans le grand lac qui bordait la grande maison. Sa mamie Lucie, avait un chignon serré et des mains rugueuse, elle avait toujours pleins d’histoire douce qu’elle lui racontait plus jeune. Mais Emma avait grandi et le temps avait passé. Elle remonta discrètement dans sa chambre, bien que les craquements des escaliers avaient déjà trahie sa présence.

Emma regarda par la fenêtre mélancoliquement. C’était le petit matin et le soleil reflétait timidement ses rayons dans le miroir de l’eau. Le vieux ponton, toujours là tenait bon. Il dansait aux rythmes des vagues. Il avait vu grandir Emma, il l’avait vu faire ses premiers pats et dire ses premiers mots. Il l’avait vu faire ses premiers plongeons et son premier baiser. Mais ce matin-là, même la lumière semblait glacée, comme si le passé refusait de rester à sa place.

Emma eut la sensation que quelque chose, ou quelqu’un allait la pousser. Elle se retourna rapidement…Rien, juste l’horizon et le vent qui se moquait d’elle. Elle se mit à quatre pattes. Le lac l’appelait, elle en était certaine, ce n’était plus qu’une impression, une force. Elle plongea son regard marron dans le bleu foncé de l’eau. Quelque chose remonta à la surface, quelque chose d’inhabituel. Emma se pencha, encore, toujours plus, encore, encore…

D’un revers de bras, elle l’attrapa. Un petit doudou éléphant gris au regard triste, brodé en lettre bleu : Léon 

Qui était ce Léon ? Elle savait seulement que l’histoire de Léon était sombre, elle savait que sa grand-mère cachait quelque chose. Mais à l’époque elle était trop petite pour comprendre les silences, trop occupée à jouer dans l’ombre d’une femme dont elle ne voyait que le sourire. Emma avait grandi et sa mamie n’était plus là. Mais quelque chose…quelque chose essayait de lui faire passer un message. Ce doudou, ce nom, ces pleurs dans les murs…

Il fallait qu’elle découvre toute la vérité.

Dans la cave, une vieille trappe en bois descendait dans les profondeurs de la maison. Une porte qui lui avait toujours été interdite, derrière, se cachait un mystère, Emma en était persuadée. Elle posa sa main comme-ci elle essayait d’enter en connexion avec la maison, soudain, elle sursauta et retira sa main instantanément. Un silence de morte régnait. Seuls les battements de son cœur résonnaient dans sa poitrine. Elle souffla pour se ressaisir, puis ouvrit la porte d’un coup. Une fumée de poussière, accompagnée d’une odeur rance envahi la pièce. Son corps frissonna, elle se rappelait cette odeur, un mélange de cire ancienne et de vieux livres. La cave secrète où mamie disait qu’il ne fallait jamais aller. La jeune femme avait l’impression de faire une bêtise, de désobéir à sa défunte grand-mère.

Elle toussota, puis entra dans la pièce cachée. Ce qui ressemblait à un vieux bureau était là, figé dans le temps. Comme s’il attendait qu’on le retrouve. Des objets personnels, un carnet, une photo noircie par le temps, qui représentait un bébé dans les bras d’une femme, devant le lac.

Une orbe blanche et lumineuse apparue devant elle. Emma la regarda, elle n’osait plus bouger, l’entité non plus. Elles s’observaient. Puis soudain, l’orbe lui fonça dessus avec une puissance inouïe, Emma bascula en arrière et tomba dans un halo de lumière. Un flash. Elle vie sa grand-mère, plus jeune. Le bureau était beau et neuf. Dans un coin, une femme protégeait un bébé de sa grand-mère…Son visage avait changé. Il n’y avait plus de douceur, plus de tendresse, seulement une noirceur effrayante.

  • Je prendrais ton fils quoi qu’il arrive Mélanie !
  • Jamais Lucie !
  • J’ai besoin de voir Richard, ce manque est trop douloureux, seul ton fils peut m’aider.
  • Il ne peut rien pour toi !

Lucie folle de rage attrapa une hache, et l’abattit froidement.

Les pages d’un vieux journal se mirent à tourner à toutes vitesse. Puis ils s’arrêtèrent brutalement.

« Je l’ai fait et je l’ai vu, mon amour. Mon Richard. Il est apaisé, il est bien et il m’attend. Je n’ai plus besoin de Léon, cet enfant est devenu inutile. J’irais avec lui au lac, mais je rentrerai seule à la maison. »

Le doudou tomba par terre, un grondement sourd s’éleva dans la pièce. L’eau du lac semblait monter, bouger, respirer… Emma allongée au centre de la pièce toujours l’éléphant à la main, se releva et sortit hors de la maison. Le ciel s’était assombrit. Là, au bord du ponton, se trouvait un enfant. Un petit garçon vêtu d’un pyjama gris, trempé. Emma posa le doudou à ses pieds, qui s’envola jusqu’à son propriétaire qui le sera dans ses bras. Il la regardait, et sans un mot, il s’avança vers elle, tendit la main…Emma hypnotisée, la lui prit. Elle sentit aussitôt le froid la traverser. L’eau l’engloba.

Soudain, une lumière jaillit du lac. Une silhouette lumineuse se dessina, Lucie. Mais ce n’était plus l’entité noire qu’elle avait vu dans les visons, non, c’était la grand-mère douce de son enfance. Elle attrapa Emma et la ramena à la surface, dans un dernier effort, elle cria quelque chose, mais les mots étaient étouffés par l’eau et la douleur. Dans le reflet des vagues, son visage brillait d’une paix retrouvée.

L’enfant, aveuglé par la puissante lumière disparut.

Quelques semaines plus tard, Emma dormait tranquillement dans son ancienne chambre de la maison devenue silencieuse. Le lac aussi était redevenu calme.Mais certains soirs, sous les reflets de lune, quelque chose veille. Et dans les profondeurs, ceux qui dorment sous l’eau attendent encore de revenir.

A quelqu'un, quelque part

A toi, le parfait inconnu,

J'ai reçu ta lettre ce matin, sûrement par erreur.

Je l'ai ouverte par curiosité et je m'en excuse, je n'aurais jamais dû. Mais j'y ai perçu une certaine intrigue. Quelque chose m'a poussé à l'ouvrir... et à la lire...

Pardon.

A travers tes mots, tes phrases, j'ai compris ta peur, ton inquiétude, ta terreur des monstres la nuit, des voix qui t'entourent et des objets qui bougent dans ton appartement. J'ai quand même senti une certaine joie par moment, quand ta folie se calme, une bonne humeur que j'envie. Tu m'as l'air de quelqu'un de bien et j'avais vraiment envie de te répondre.

Moi aussi je vis plutôt la nuit. D'ailleurs à l'heure où je t'écris, il fait nuit noire dehors. J'imagine comment tu dois être terrifié sous tes nombreuses couvertures. Si j'ai bien compris : une comme bouclier, une autre comme bouclier de secours, la troisième pour te tenir chaud et la dernière pour te réconforter et sécher tes larmes qui coulent à cause de la peur.

C'est la journée qui me brûle, quand le soleil se lève, mon cœur se serre. Toutes ces personnes heureuses, qui profitent de la vie... Ce n'est pas de la peur, mais du mépris, peut-être de la jalousie... Certains diraient de l'envie. Je ne sais pas. Je m'en fiche, ça me déprime de toute façon. En général, je ferme les volets et je change tous les meubles de place dans mon appartement. Je sais que tu n'aimes pas ça, tu l'exprime très bien dans ta lettre. Pour toi, chaque meuble a une place définitive et chaque changement qui te sort de ta routine te stresse et te rend agressif. C'est tellement incroyable toutes les différences que nous avons. Je ne pense pas que nous pourrions être amis dans la vraie vie. Mais pourquoi pas correspondant anonyme ? Je pourrais être Monsieur Ying et toi Monsieur Yong...Tu es peut-être une femme, mais je ne pense pas. Tes mots, tes phrases, même le contexte de ta lettre manquent de délicatesse et de féminité. J’espère que je ne t'ai pas blessé avec mes mots. Je n'ai pas envie de perdre un potentiel ami.

D'ailleurs, je n'ai pas beaucoup d'amis, c'est peut-être ce qui m'a poussé à te répondre. Je suis seul la plupart du temps. En même temps, qui voudrait rester avec moi le soir ? ça fait un peu peur...Peut-être que je fais peur finalement.

Quelque fois, je me regarde dans mon miroir, ce n'est pas le plus beau reflet qui se reflète, c'est vrai. Et toi, à quoi ressembles-tu ? Si tu réponds à cette lettre, pourrais-tu te décrire, que je t'imagine, toi mon nouvel ami, Monsieur Yong ? Ce n'est pas trop bizarre ce que je te raconte ?

Tu sais, j'ai relu ta lettre encore et encore. Et à force de la lire, je la connais par cœur, je pourrais te citer chaque mot, chaque émotion... Mais dans le fond, je sens qu'il y a quelque chose qui te dérange... Je ne sais pas comment te le dire, je ne sais même pas si tu vas me croire...

Mais en y repensant, c'est étrange...J'ai l'impression que quelque chose s'emmêle dans ma tête. Il y a des détails qui me perturbent. Comme cette histoire de couvertures...Je fais exactement pareil. Et puis les meubles que tu refuses qu'on déplace...ceux que tu as décrits dans ta lettre... ce sont ceux que je bouge, le matin, quand le soleil me fait mal aux yeux... me fait mal au cœur et brûle mon âme en un tas de cendres.

Parfois aussi, la peur que tu décris... je la ressens, sans comprendre pourquoi.

Et ce miroir...  Tu l’as regardé aussi, n'est-ce-pas ?

Qui de nous deux a écrit la première lettre N qui répond à qui ? Je ne sais plus ! Ma tête me fait mal, elle cogne !

Peut-être que tu n'es pas un inconnu, après tout. Peut-être que tu es... ce que je suis quand je ne suis plus moi. Je ne sais pas encore si tu es mon double, mon reflet, ou juste la voix que je fais taire quand il faut sortir au soleil.

Mais j'ai envie qu'on continue à s'écrire, toi et moi.

Parce que dans cette lettre, je ne suis pas seul.

Parce que tu es mon seul ami, parce que... je suis mon seul...ami.

Juste moi.

La maison fantôme

Chaque année, la fête des amoureux transformait Bois-Sans-Voix, en un village de conte de fées. Les guirlandes suspendues aux arbres dansaient au rythme du vents, les odeurs de sucre et de fleurs se mêlaient, et les couples se tenaient par la main, les yeux brillants de promesse. Taylor et Marianne, eux, se tenaient serrés comme s’ils tentaient de défier le destin. Ils étaient beaux, jeunes et amoureux. Trop amoureux peut-être.

Marianne avait ce sourire qui calmait les tempêtes et Taylor, cette manière de la regarder comme si elle était la seule lumière dans sa nuit. Mais dans l’ombre, une silhouette guettait. Une femme au regarde furieux, aux ongles rongés et le cœur éclaté depuis le jour où Taylor avait murmuré à Marianne ce que son ex avait cru elle aussi entendre pour toujours :  Je t’aime

Elle s’appelait Claire, et elle avait tout perdu.

Au début, elle se contentait d’observer. Elle apparaissait derrière un arbre, fondue dans la foule du marché, assise seule à une terrasse avec un café froid devant elle. Personne ne la remarquait jamais. Sauf Marianne, parfois. Une impression étrange. Un frisson dans le dos. Mais Taylor haussait les épaules « Tu te fais des idées »

La fête battait son plein ce soir-là. Les rues étaient pleines de musique, les couples riaient, les enfants couraient entre les stands. Marianne portait une robe rouge qui flottait autant de ses jambes, elle glissa ses doigts entre ceux de Taylor. Ils étaient venus pour l’attraction phare de la soirée : la maison Fantôme.

Chaque année, des acteurs locaux y jouaient des scènes d’horreurs pour effrayer les visiteurs. Cette fois, on disait que le thème était les tueurs de cinéma. Jason, Ghotstface, Micheal Myers…Une mise en scène terrifiante mais sans danger. Du moins, c’est ce que tout le monde pensait.

Dans la file d’attente Marianne frissonnait « j’ai un mauvais pressentiment » murmura-t-elle. Taylor l’enlaça, la rassura. Il croyait a un simple trac. Elle, elle n’était pas certaine. L’air semblait lourd ce soir-là, comme s’il savait que quelques d’irréversible allait se produire.

Ils pénétrèrent dans la maison. Le couloir était plongé dans une semi-obscurité, des rires nerveux fusaient ici et là. Des mannequins ensanglantés, des portes qui claquaient, des cris d’acteurs surgissant des recoins. Marianne sursauta plusieurs fois, agrippée à Taylor, il riait, elle moins.

Puis ils arrivèrent dans la salle des miroirs.

Un silence étrange y régnait. Pas un bruit. Juste leurs reflets démultiplié, déformé, troublant. Et au milieu de cette cacophonie de visages, une silhouette apparut lentement.

Masque de hockey, machette à la main. Marianne et Taylor éclatèrent de rire « Jason ! il est super bien fait ! » lança Taylor.

Mais la silhouette ne bougeait pas comme un acteur, elle s’approchait lentement. Marianne recula d’un pas, quelque chose clochait.

« Taylor… »

La silhouette leva le bras, la lame étincela un instant dans les reflets des miroirs. Puis le hurlement. Un crie déchirant, inhumain. La douleur foudroyante. Marianne s’effondra, une main sur son ventre, les doigts couverts de rouge. Taylor hurla à son tour, se précipita vers elle. La silhouette recula, puis disparut dans les couloirs sombre de l’attraction.

Le chao s’ensuivit.

Les cries alertèrent les organisateurs, les visiteurs sortirent en courant, paniqué. Le sang, trip de sang pour une lise en scène. Taylor hurlait le nom de Marianne en boucle, les mains tremblantes sur sa plaie, priant pour que ce ne soit qu’un cauchemar.

Maid Marianne ne répondait plus, elle respirait à peine. Les secours mirent quinze minutes à arriver.

Claire fut arrêtée deux heures plus tard dans un champ non loin, encore déguisée, le masque à la main. Elle n’avait pas fui. Elle s’était simplement assise dans l’herbe, les yeux perdus dans les étoiles. Quand la police lui demanda pourquoi, elle répondit simplement :

« Parce qu’il fallait que ça s’arrête, qu’elle arrête de me voler ce qui m’appartenaient. »²

Marianne, miraculeusement, survécut.    

A l’hôpital, Taylor fut englouti par une tempête plus violente que la peur : la rage.

Il ne mangeait plus, il ne dormait plus, il restait là, assis à côté de Marianne, les yeux fixés sur le moniteur cardiaque, chaque « bip » resonnant dans sa poitrine comme une horloge funèbre. Et plus les heures passaient, plus une idée germait dans son esprit assombri. Il demanda à son ancien ami policier, qui ne posa pas de question, l’accès à l’adresse du poste temporaire où Claire était détenue pour son interrogatoire avant son transfert.

Une nuit, alors que la pluie martelait les vitres de l’hôpital, il sortit, les poings serrés. Il savait que Claire était dans une salle isolée, surveillée par une caméra. Mais il savait aussi que certaines zones du vieux commissariat n’étaient pas encore rénovées. Une panne de courant partielle, un moment d’ombre et…

Il la trouva assise sur une chaise en métal, menottée, l’air calme, presque apaisée. Elle leva les yeux vers lui, en souriant.

« Je savais que tu viendrais »

Taylor referma la porte derrière lui, lentement.

« Tu vas le payer »

Et ce ne fut pas un cri, pas un hurlement. Ce fut un coup, un coup net. Un revers si violent que la chaise de Claire bascula. Elle éclata de rire. Il continua, sans crier, il frappait, un coup aux côtes, puis un autre. Il la redressa, lui tira les cheveux pour la regarder droit dans les yeux.

« Tu l’as regardé souffrir. Tu l’as laissé en sang et tu m’as regardé hurler »

« Elle t’a volé à moi » murmura Claire entre deux cracha de sang. « Elle t’a volé à moi ».

Taylor la frappa à nouveau. Puis encore. Un hurlement intérieur s’échappait de lui à chaque mouvement. Ses mains tremblaient, mais il ne s’arrêtait pas. Il voulait qu’elle ressente la peur, la douleur, l’humiliation et la terreur. Ce qu’elle avait laissé derrière elle dans cette maison maudite.

Il n’arrêta que lorsque Claire perdit connaissance, le visage tuméfié, les côtes probablement brisées, le souffle court. Il sortit sans un mot, nettoya ses mains dans l’évier d’un couloir vide, revint à l’hôpital, à côté de Marianne, comme si rien ne s’était passé.

Personne ne dit jamais rien. Les caméras n’avaient rien enregistré.

Et quand Marianne ouvrit les yeux, quelques heures plus tard, Taylor avait les mains posées contre les siennes, le regard rongé de fatigue, et d’un calme effrayant. Marianne, miraculeusement, survécut. Elle passa quelques jours entre la vie et a mort, dans une chambre blanche ou le silence pesait autant que les regrets. Taylor ne quitta jamais son chevet. Il tenait sa main, lui parlait doucement, posait parfois sa tête contre son bras, comme pour sentir son souffle, même infime.

Quand elle ouvrit les yeux, la première chose qu’elle demanda fut : « C’était réel ? »

Il hocha la tête, incapable de parler. Des larmes roulèrent sur ses joues. « J’ai cru te perdre », souffla-t-il.

Elle esquissa un sourire pâle.  « Tu ne te dépasseras pas de moi si facilement ».

Claire fut jugée et condamnée à vingt ans de réclusion. La psychiatrie refusa de la déclarer folle, elle avait agi avec une lucidité glaciale. Une obsession qui l’avait rongée de l’intérieur. Taylor assista au procès, Marianne non. Elle préféra rester loin, reconstruire ce qui restait.

Un an plus tard, ils reveinèrent à la fête des amoureux, mais pas dans la Maison Fantôme. Juste pour se promener, main dans la main. Taylor regarda Marianne, ses yeux toujours pleins de cette lueur malgré la cicatrice qu’elle portait maintenant sous ses côtes.

« Tu es sûre que tu veux revenir ici ? »

Elle haussa les épaules.

« Il faut qu’on reprenne possession de notre histoire »

Dans la foule, personne ne les regardait. Ils n’étaient plus les amoureux parfaits du village, mais ils étaient debout. Vivants.

Et ça c’était déjà une victoire.

Celui qui cherchait son fils

La pluie tombait un grand eau ce soir-là, elle claquait sur les vitres, il n’y avait pas de tonnerre, pas d’éclair, juste de la pluie, normal pour la saison.

Dans la maison, la bonne humeur était au rendez-vous, des rire, de la joie et des chansons. Elle chantait en coupant le pain, lui râlait, contre une chaise bancale, avec quand même un petit sourire au coin. Et leur fils, leur merveille, leur soleil malgré le temps humide, il courait en riant, protestant aussi qu’il était affamé ! Puis il trébucha sur le sol, rigolant encore plus fort de sa chute. Il se releva et défia son père du regard.

  • Attrape-moi si tu le peux !

Le père ne se leva pas, mais tendit la main au passage de son enfant et fit semblant de le rater. Son fils éclata de rire par sa défaite. La mère leva les yeux de sa miche de pain et regarda la scène avec douceur et protection.

Une famille heureuse, une famille normale.

Soudainement, un coup fût donner dans la porte. Toute la famille sursauta, resta immobile. Puis un second. Le père se leva, il eut juste le temps de mettre sa famille derrière lui, que le troisième coup fit exploser la porte en plusieurs morceaux de bois. Le vent entra, engouffrant, remplaçant toute la chaleur que le feu de cheminée avait mis plusieurs minutes à leur procurer. Puis, des hommes d’aciers, des chevaliers entrèrent à leurs tours, des hommes sans cœur, plus aucune humanité, simplement des regards invisibles derrière le cas que métallique, pressée par le temps.

Le père comprit avant qu’ils parlent, il attrapa le simple couteau posé sur la table de la cuisine. Mais face aux épées, celui-ci était ridicule et dérisoire. Mais il était tenu par l’espoir, l’amour et la protection.

  • Partez ! hurla-t-il la voix tremblante

Les chevaliers s’avancèrent, un pas, deux pas, un cri de douleur, un crie d’effroi, la grande lame traversa la mère de famille sans résistance, trop facilement. Comme si sa vie n’avait jamais compté.

Le père hurla, un crie déchiré mais inutile. Le sang avait éclaboussé le sol. Ils se tournèrent enfin vers le petit garçon, il ne riait plus, il avait peur. Les hommes de fer l’attrapèrent brutalement.

  • PAPA !

Ce mot, cet appel à l’aide ! Le père se jeta en avant, il frappa, il mordit, il tomba, mais se releva encore et encore, mais ils étaient trop nombreux pour lui. Comme repoussèrent comme une poussière et ils partirent avec son fils, ils partirent avec le restant de toute sa vie.

Quand le silence retomba, tout devient réaliste, non, il n’avait pas rêvé. Il n’était plus vivant, plus rien ne l’était à ses yeux. Le père était immobile dans les débris de bois et de verre, mêlé au sang et à la boue. Ses mains tremblaient au-dessus du corps de sa femme, inerte, mais il n’osait pas la toucher, par peur qu’elle ne disparaisse ou peut-être espérait-il encore qu’elle se réveille. Alors qu’il regardait les yeux sans vie de son amour, quelque chose en lui céda en silence et de ce silence naquit une promesse, la promesse de se venger, la promesse de retrouver son fils.

Les années qui passèrent n’effacèrent rien, au contraire, il s’entraina nuit et jour avec cette rage dans le ventre et ce noir dans les yeux, il transforma sa douleur en une arme redoutable.  Dans les rues, son commençait à circuler, comme une simple brise, puis une rumeur apparue. On disait qu’il ne dormait jamais, qu’il traversait les champs de bataille comme une tempête et qu’aucune lame ne le retenait. De cette rumeur, il devient une légende.

Le père de famille, s’entoura de quelques homme, brisés eux aussi, des hommes sans foyer, sans passé, sans peur, qui n’ont plus rien à perdre dans ce monde affreux et cauchemardesque. Il les forgea, les entraina jusqu’à ce qu’ils deviennent des machines de guerre. Il devint leur chef, leur roi sans couronne. En unissant leur haine, ils enchainèrent les batailles, firent tomber des forteresses et brulèrent des garnisons, ils arrachèrent les étendards du jeune roi et les piétina pendant des heures sans se fatiguer, puis les remplacèrent par leurs drapeaux. Un drapeau simple noir, une épée rouge en son centre. Ils continuaient même blessée, quand il enlevait une vie, il regardait la regardait droit dans les yeux pour que jamais il oublie le visage de la vengeance.  Leur but était de se faire connaitre de ce roi imployable et froid.

C’était un jeune roi, trop jeune, un adolescent sans âme. On racontait qu’il était né dans le sang, qu’il n’avait jamais ri. Il punissait sans raison, il regardait les Hommes mourir sans même cligner des yeux. Il était vide de toute émotion. Mais petit à petit la vérité éclata et se propagea comme une graine poussée dans le vent : le roi avait été enlevé enfant.

Le monde bascula une deuxième fois pour le père de famille, cette rumeur lui donna un coup en plein cœur. Mais il ne tomba pas, pas cette fois, il resta debout, solide et fort. Il arrêta de combatte, et de succéder les victoires et abonna son armée et ses gloires. Son départ fut difficile pour ses compagnons, il était leur lumière dans la nuit. Cependant, il choisie avant de partir son remplaçant. Un homme aussi brisé que lui, qui avait vu comme lui sa femme et ses enfants mourir sous ses yeux dans un incendie meurtrier et volontaire. Il savait que son armée serait entre de bonne main.

  • Je ne te décevrai pas.

Il arriva devant les gardes du roi, comme un homme qui entre dans sa tombe, il se laissa capturer volontairement. Quand le roi entendu du que la « héro légendaire » avait été capturé, il décida de tester sa force et sa compétence en l’obligeant à le combattre dans un duel.

Le père entra dans une arène immense, la foule hurlait, certains s’en amusait, d’autre pleurait et hurlaient d’arrêter. Il était seul, sans armure, sans peur, ne voulant qu’une chose, revoir son fils qu’il avait tant cherché. Enfin, les portes s’ouvrirent de nouveau et le roi apparut, il était grand, droit, magnifique, mais froid avec des yeux aussi vides que le néant. Il n’avait ni peur, ni colère, il n’y avait rien. L’homme reconnu immédiatement don fils, il avait grandi trop vite, vue des choses aucun d’enfant ne devrait jamais voir, il était brisé à un point que jamais personne ne saurait réparer. Ils se regardèrent dans les yeux, longtemps, trop longtemps. Sa voix neutre et calme, presque lasse.

  • Je te connais.

Le père trembla, un minuscule espoir, ridicule et fragile naquit.

  • Mon fils…

Le roi inclina sa tête légèrement et acquisse durement, sans émotion.

  • Je me souviens. Ajouta-t-il. Ils ont pris ça aussi.

Le roi posa sa main sur sa poitrine.

  • Ici, c’est vide et froid.

Le monde du père se fissura. Le combat commença, mais ce n’était pas vraiment un combat, c’était un père qui regardait ce que le monde avait fait à son enfant. Le fils l’attaquait sans aucune hésitation, il était précis et rapide. Le guerrier esquiva encore et encore. Il aurait pu frapper milles fois, mais jamais il ne fera de mail à son fils. Il avait été la quête de sa vie.

  • Défends-toi !
  • Non…
  • Pourquoi ?

Le père souris, épuisé.

  • Parce que je t’ai déjà perdu une fois.

Son fils arrêta de combattre et baissa son épée. Il le regarda une dernière fois, le néant l’engloutit de nouveau. La lame froide entra, directe. Le père vacilla, ses genoux touchèrent le sable et le bruit de la foule s’éloigna. Sa vision se flouta, mais l’image de son fils était nette. Il leva sa main tremblante avec hésitation, il toucha le visage de son fils. Ses yeux se noyèrent de larme, mais son visage était détendu comme soulagé d’aller rejoindre son épouse.

  • Tu es…devenu si grand…mon fils…

Sa voix n’était plus souffle et ses yeux brillait par les lames et l’amour infini qu’il ressentait pour lui et pour sa femme. Son fils ne bougea pas, il le regardait mourir et comprenait ce qui se passait, mais il ne ressentait rien.

  • Je suis désolé… Murmura le père. De ne pas avoir…été là…
  • Ce n’était pas ta faute. Répondit le roi. Ses mots étaient juste, mais froid.

Le guerrier ferma les yeux une seconde, puis les réouvrit une dernière fois.

  • Laisse-moi rester…encore un peu… je t’en prie…

Mais la vie ne se négocie pas et son corps céda lentement. Le roi resta debout, immobile, son regard fixé sur cet homme qu’il reconnaissait. Mais tout ceci ne lui dit rien. Le vent se leva dans l’arène, soulevant un peu de sable effaçant qui retomba dans le sang de son père

Et pour la première fois, le roi ressentit quelque chose, pas de l’amour, ni de la tristesse, non. Juste un vide encore plus grand.

La seconde personne

Elias était un homme quelconque. Une vie quelconque. Sa peau était terne.
Ses cheveux étaient ternes. Même son regard… était terne. Le bonheur avait quitté son corps depuis longtemps.

« À qui la faute ? » se demandait-il chaque matin devant son miroir.

À son travail, peut-être. À cette haine qu’il recevait à longueur de journée.
À ces insultes, toujours les mêmes, qui finissaient par s’infiltrer sous la peau.

Il s’habilla. Toujours pareil. Pantalon bleu foncé. Tee-shirt blanc. Pull polaire gris.

Il passa un peigne dans ses cheveux. Son épi, comme chaque matin, refusa d’obéir.
Alors il mouilla le peigne, recommença. Encore. Rien ne changeait jamais.

Il soupira.

Dans la cuisine, il s’assit à sa place. La même. Face à sa petite télévision. Il se servit un café dans l’unique tasse qu’il possédait.

Puis elle arriva. Caroline. Sa femme, sa lumière, elle l’embrassa doucement et, pour la première fois de la journée…

Elias sourit, elle était sa seule raison de vivre.

Il prit la route, les mêmes feux rouges, les mêmes râleries, le même passage piéton, avec la même vieille dame trop lente, mais il était heureux, pas d’aller au travail, d’avoir une femme qui l’aime pour ce qu’il est.

Puis le parking, toujours la même place. Elias était démarcheur,
il appelait des inconnus pour vendre des panneaux solaires. Et toute la journée…
on le détestait. Il encaissait. Encore et encore. Mais parfois, il pensait à Caroline. Et ça suffisait à tenir. Il ne gagnait pas une fortune, mais il voulait qu’elle ne manque de rien.

Pendant sa pause, son téléphone vibra, c’était Amélie, sa petite sœur. Un message accompagné d’une photo qui représentait le téléphone de Caroline avec une notification de « Anthoto ».

Son cœur rata un battement.

Il lit le message à plusieurs reprises : « Je suis chez ta femme. Elle est descendue à la cave. Son téléphone a sonné. J’ai noté le numéro. Je vérifie si c’est le même. Je te redis. »

Amélie et lui… c’était explosif. Toujours à se disputer. Mais toujours à tout se dire. Un jour, il lui avait raconté que Caroline était rentrée en larmes et lui avait avoué un baiser avec un collègue, le fameux Anthony.

Mais ils avaient recollé les morceaux. Du moins…c’est ce qu’Elias croyait. Il ne rappela pas. Il laissa Amélie fouiller. Elle était douée pour ça. Il savait qu’avec sa petite sœur, il aurait des réponses à ses question tôt ou tard.

Les heures passèrent et les insultes aussi. Puis le téléphone sonna. Amélie de nouveau. Mais cette fois-ci, elle l’appela directement. Il savait que c’était mauvais signe.

  • Je suis désolée, Elias… C’est bien lui. Anthony. C’est lui derrière les messages. Caroline t’a menti…

Le monde s’effondra d’un coup, comme si le sol avait disparu, comme s’il tombait dans le vide. Caroline. L’amour de sa vie. Celle à qui il avait tout redonné.

  • Elias ? Tu es là ?

Il raccrocha, il avait pris sa voiture et il conduisait trop vite. Ses mains tremblaient.
Son cœur cognait. Arrivé devant chez lui, il resta figé. Incapable d’ouvrir. Puis il entra.

  • Elias ?
  • Tu m’as menti.

Sa voix était brisée.

  • Tu m’as regardé dans les yeux… et tu m’as menti. Tu m’as dit que ce n’était pas lui…
  • Laisse-moi t’expliquer ! Tu me reproches ce baiser à chaque fois que tu doutes !
  • Quoi ?! Et ça t’énerve que je te rappelle que tu m’as trompé ?!
  • Oui ! C’est fatiguant.

Elias se rapprocha d’elle, à tel point qu’il pouvait sentir son parfum.

  • Alors imagine à quel point ça me touche de devoir vivre avec ça ! De t’imaginer avec lui, de savoir que les lèvres qui m’ont embrassé, que ces lèvre qui m’ont dit « je t’aime », qui m’ont donné tant d’amour, on été sur les lèvres d’un autre !

Il ne bougea pas.

  • À l’époque… c’était compliqué… Ce n’était pas voulu… On ne s’est jamais revus… on parle juste…
  • Arrête. Je t’avais laissé le choix. Lui ou moi. Tu as fait semblant de me choisir.

Le Silence retomba

  • J’ai cru en toi… murmura-t-il. Je t’ai cru. Tu étais mon âme sœur !
  • Je t’aime !
  • NON ! Sa voix explosa.
  • Si tu m’aimais, tu l’aurais supprimé ! Bloqué ! Effacé ! Moi, je l’ai fait ! Pour toi avec Sarah ! Tu m’as manqué de respect… à chaque fois.

Elle pleurait et lui aussi. Mais ce n’était pas les mêmes larmes.

  • Si tu aimes deux personnes… choisis la deuxième.

Il la regarda une dernière fois.

  • Parce que si tu aimais vraiment la première… tu ne serais pas tombé amoureuse de la seconde personne.

Puis, il partit avec la réponse qu’il cherchait. La route devint floue, son cœur hurlait et son corps aussi. Il s’arrêta près d’un champ, il n’arrivait plus à respirer. Alors il arracha son pull et le jeta.

Puis il courut jusqu’à tomber à genoux. Et hurler. Un cri animal.
Un cri qui déchire. Il venait de tout perdre.

Il retourna au travail en retard, vide et débraillé, il s’assit et comme si rien ne s’était passé, il prit le téléphone.

  • Allô, Monsieur Sapino, je vous appel pour vous faire bénéficier des nouveau pannea…
  • … Je m’en fou espèce de cocu !

Le mot resta suspendu, puis quelque chose céda. En tapant le numéro de téléphone sur internet, il trouva le visage. De son interlocuteur sur internet.

Alors, il quitta le bureau et roula sans s’arrêter, jusqu’à un fast-food, un endroit sans importance. Comme lui. La colère n’avait pas disparue, mais elle avait diminué.

Elias s’assit, mais ne mangea pas, il sortit l’étui, un magnifique couteau, avec une petite gravure « Tu es mon éternité. »

Il eut un rire vide puis il leva les yeux. Et le vit. Le jeune homme du téléphone qui l’avait insulté. Tout explosa.

Il se leva et couru vers lui et lui entailla légèrement la côte. Soudain quelqu’un le retint de force, pour qu’il ne commette pas l’irréparable.

  • IL EST LÀ LE COCU ! hurla Elias. TU TROUVES ÇA DRÔLE ?!

Ses yeux étaient fous.

  • JE SUIS COMME TOUT LE MONDE ! JE MERITE LE RESPECT !

Puis…Il se calma et en silence, d’un geste lent, il prit son couteau contre lui. Il tomba au sol, des larmes roulèrent encore sur ses joues, des larmes de trahison et de cœur brisé.

Elias n’avait pas survécu. Mais au fond…Il était déjà mort avant, le jour où il avait compris
qu’il ne suffisait pas.

Caroline n’avait pas tenu le couteau. Mais elle avait brisé ce qu’il restait de lui. Et parfois…
c’est suffisant pour tuer quelqu’un.

Il est revenu jouer

Il était tard, près de trois heures du matin. Un silence de mort régnait. Pourtant Coline ne parvenait pas à éteindre la lumière de sa chambre. Elle savait qu’au moment où le noir envahirait la pièce, les ténèbres prendraient le dessus sur toute la maison.

Jadis, des gens avaient trouvé la mort dans cette demeure. Des fins naturelles ou violente ? Elle ne savait pas, mais une chose était certaine : à l’heure où d’autre se plongeaient dans les rêves, c’était l’enfer qui venait la visiter et non le marchand de sable comme on lui avait promis enfant.

La silhouette était grande, mince et noire, pas le noir de la nuit après une fête arrosée avec des amis. Non, un noir sombre, venu tout droit de ses pires cauchemars.

Alors que son regard était figé, surveillant le moindre mouvement de l’entité, des coups retentirent dans le mur.

« Bam »

« Bam »

« Bam »

Le cœur de Coline battait si fort qu’elle avait l’impression que l’entité pouvait l’entendre, le sentir, le transpercer. Le poltergeist était revenu. Comme tous les soirs depuis sa première nuit dans cette maison.

Elle sentit alors sur ses chevilles, des mains qui remontaient doucement le long de ses jambes. Un souffle rauque effleura son cou, faisant trembler quelques mèches de cheveux.

Coline n’arrivait plus à réfléchir. Sa dernière nuit approchait. Les mains se posèrent sur son cou et serrèrent, de plus en plus fort.

  • A…l’aide…murmura-t-elle, peinant à articuler les quelques souffles qui lui restaient.

Elle se réveilla brusquement, elle s’était endormit, elle était allongée sur le sol froid du salon. Le jour s’était levé sans elle. Elle n’avait aucun souvenir de s’être évanouie ou même d’avoir crié.

Sur l’écran de l’ordinateur, un mot s’affichait, écrit en lettres blanches sur fond noir :

« COLINE »

Derrière elle, des rires d’enfants et des bruits de pas résonnaient dans toute la maison. Elle se retourna, mais rien, seulement le silence. Mais sur l’écran, quelque chose avant changé. Son prénom avait disparu, l’écran s’éteignit subitement, ne laissant apparaitre que son reflet.

Mais en s’approchant, Coline vit une silhouette derrière elle. Elle n’osa pas se retourner. Puis le noir complet.

***

Un souvenir de la jeune femme remonta à la surface. Celui du petit garçon au tient livide qui vivait leur grenier, il leur avait supplier de jouer à cache-cache. Coline et son petit frère, Sébastien avait accepté innocemment. Coline s’était cachée sous la table de la cuisine ? non trop facile s’était-elle dit. Mais les rideaux du salon, étaient une cachette parfaite.

Delà, elle pouvait voir la cuisine. Sa mère préparait son gâteau au chocolat préféré, toujours avec pleins de grumeaux, avec des boules blanches de farine mal mélangées. Elle n’avait jamais été douée pour les desserts.

Sebastien entra dans la pièce, existé à l’idée de gagner. Mais où se cacher ?

L’entité lui murmura quelque chose à l’oreille et pointa le four.

Son visage se transforma, il avait un énorme sourire, trop grand, trop inhumain. Ses yeux se perdirent leur lumière, comme contrôlé par des fils invisibles. Sébastien ouvrit le four et y entra. L’esprit referma la porte et s’éloigna. Coline avait tout vu, et elle n’avait pas bougé.

***

Quand la jeune femme ouvrit les yeux, elle était de nouveau allongé sur le sol glacé de son salon. Elle hurla, un hurlement déchirant, après des années de silence. Elle tenait une boîte métallique, elle ne savait pas d’où elle venait. Elle l’ouvrit. A l’intérieur : Une photo, un collier, une dent d’enfant.

Sur le miroir du salon, une image se forma, c’était le petit garçon fantomatique qui avait tué son petit frère. Il tenait une feuille, un seul mot était inscrit :

« Coucou »

Coline éclata de rire, mais c’était un rire brisé, étranglé et vide.

« C’était juste un jeu… »

Elle avança vers le miroir, une main tendue. Le verre fondit comme de l’eau noire, Coline y entra.

On ne retrouva jamais son corps.